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George Duncan PAINTER, célèbre et, quoi qu'on en ait dit et dise encore,

excellent et premier biographe de Proust, même si son ouvrage souffre

d'une surabondance d'informations secondaires, a, le premier et dans un

seul souci de vérité historique qu'on ne saurait lui reprocher, mentionné

le sadisme de Proust.

Cette révélation n'a pas été étrangère aux grandes difficultés que le

biographe anglais a longtemps rencontrées pour qu'enfin son ouvrage,

non expurgé de cette révélation, soit publié en France.

C'est parce que cette perversion sexuelle, qui fait dépendre la volupté de

celui qu'elle affecte de la souffrance infligée à un être vivant, homme,

femme ou animal, éclaire d'une lumière très révélatrice de nombreux

épisodes de l'oeuvre et de la vie de l'écrivain, que j'ai choisi d'en

rendre compte ici, sa publication restant par ailleurs plutôt discrète.

Je sais aussi que cette perversion est de nature à éloigner

définitivement de l'écrivain certains de ses lecteurs, mais ce

n'est pas une raison pour la passer sous silence en ces pages où,

justement, je prétends, autant que faire se peut, montrer l'écrivain tel

qu'il était vraiment, c'est à dire "autrement"...

 

Marcel PROUST a, en des circonstances assez banales, fait la 

connaissance d'un certain Albert le Cuziat, premier valet de pied

chez le prince Constantin Radziwill, père de son ami Léon,

dit "Loche" Radziwill.

Painter nous rapporte que le prince Constantin "était célèbre pour son

escouade de douze valets, vigoureux et beaux garçons, à chacun desquels

il avait fait, dit-on, présent d'un collier de perles ". Le décor est ainsi planté,

dont l'homosexualité constituera la couleur dominante.

Né à Tréguier le 30 mai 1881, Albert le Cuziat, "muni d'une lettre de

recommandation  de son curé pour un confrère parisien" sera employé

comme valet par de grandes familles aristocratiques de l'époque, et

s'éprendra naturellement des maîtres de maison qui partagent son inclination

et dont, tout au long de sa vie professionnelle, il facilitera le penchant.

Simultanément, et parce qu'il était doué d'une excellente mémoire et

possédait  "une érudition extraordinaire en matière d'étiquette et

de généalogie", Proust le consultera maintes fois pour en obtenir les

précieux renseignements nécessaires à la rédaction des très nombreux

passages de son oeuvre où elles sont évoquées, et, certainement tout

autant, il le sollicita en raison de l'intime connaissance qu'il avait des

grandes familles chez qui il servait (prince Radziwill) ou avait servi,

qu'il s'agisse de celle du prince d'Essling, de la comtesse Greffulhe,

du comte Orloff ou du duc de Rohan.

Et le Cluziat présentera lui-même, fort opportunément, 

un tel intérêt anthropologique et romanesque qu'il figurera

dans La Recherche sous le nom de ... Jupien.

En 1913, attiré par de nouveaux "horizons" qui lui permettraient d'être

son propre maître tout en satisfaisant son penchant et celui des autres,

Albert le Cuziat prend la direction d'un premier "établissement"

déjà réputé pour ne recevoir que des homosexuels,

 les "Bains du Ballon d'Alsace", sis rue Boissy d'Anglas.

Puis, afin d'accéder à une complète autonomie, en 1917, avec l'aide

financière et matérielle de Marcel Proust, il se met à son

compte, 11 rue de l'Arcade, en acquérant l'hôtel Marigny qui sera, pour

partie, meublé grâce aux fauteuils (de peu de valeur), canapés et tapis 

dont l'écrivain avait hérité de ses parents et dont il payait l'entrepôt chez

un garde-meubles depuis son déménagement de 1906. 

D'un point de vue psychologique, ce don n'est pas, c'est le moins

qu'on puisse dire, déjà dénué de signification. 

C'est donc là, dans une chambre de cet établissement, que Proust se

livrera à sa cruelle perversion dont la révélation, aux yeux d'un lectorat

possible ou accompli, na l'a évidemment pas grandi. 

C'est là qu'il n'atteindra la volupté qu'en entendant les cris de douleur

d'un rat qu'un "assistant" transperce devant lui avec des épingles

à chapeau. Capturés aux abattoirs de la Villette, les rats lui

étaient livrés par un employé de cet établissement qui n'ouvrait les 

cages que pour fouetter les pauvres bêtes avec des baguettes,

les battre et finalement les achever comme on vient de le dire.

Cette perversion, parfois précédée de la profanation de photos

d'êtres chers qu'un assistant "insultait", ne peut malheureusement être

mise en doute car rapportée en termes presque identiques par des 

individus indépendants (Sachs et Jouhandeau entre autres) qui furent

eux-mêmes des clients de ces établissements et parfaitement au fait de

ce qui s'y passait, quand elle ne fut pas confiée par Proust lui-même

à quelques-unes de ses relations.

Après la guerre, Maurice Martin du Gard rapporte que,

et je cite Painter : 

 

" Proust, dans un petit hôtel de banlieue, s'amusait à faire

tuer un poulet dans la pièce voisine, tandis que se tenait près de son

lit un jeune homme habillé en agent de police, pour le protéger ".

 

Evidemment, Françoise n'est pas loin dans son

arrière-cuisine de Combray ... 

 

C'est également au rez-de-chaussée de cet établissement que

Proust, dans la nuit du 11 au 12 janvier 1918, fut surpris par l'inspecteur

Tanguy, alors qu'en compagnie de le Cuziat et de deux soldats, dont

un caporal mineur, il buvait du champagne.   

 

  A la lumière de ces événements, la réponse

"La vie privée des génies"

qu'il fit quand il n'avait que treize ans à la question

"Pour quoi avez-vous le plus d'indulgence ?"

apparait bien prémonitoire.

 

22 juin 2011

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